Tag Archives: création

Stéphane, quand le passé se conjugue au présent

10 Mai

DSC_0174 (Copier)Quelques zigzags en cours de route, mais jamais de coup d’œil dans le rétro : l’homme préfère aller de l’avant, sans se retourner et peut-être prendre le risque de s’appesantir, en bien ou en mal, sur son passé. Pour Détourages, il prend toutefois le temps de jeter un rapide coup d’œil en arrière, avant de poursuivre son cheminement.

Il faut dire qu’il y aurait long à raconter : un premier coup de foudre pour Harpagon à la Comédie Française, en forme d’anniversaire pour entrer dans l’âge de raison. Des ateliers théâtre au collège, puis au Lycée Grandmont, le conservatoire de Tours puis la montée à Paris chez Jean-Laurent Cochet. Puis la vie, des choix à faire, et un comédien entre parenthèses pendant quelques années.

Mais le théâtre est toujours là : s’il n’est plus sur les planches physiquement, Stéphane s’y invite par les mots qui le chatouillent depuis longtemps déjà. Poèmes, fables, nouvelles, saynètes pour les filles ou pour les potes de lycée, puis une pièce à dix-huit ans, prélude de bien d’autres.

Le jeune homme exerce alors son don d’ubiquité : derrière son écran à travailler, à échanger avec les collègues du collectif La Claque pour peaufiner ses idées, ou dans son canapé en famille à profiter de la soirée, pendant que ses mots sont joués à des kilomètres de là, par des comédiens qui se sont approprié un bébé qui n’est finalement plus tout à fait le sien.

A son tour de mettre les paroles des autres en bouche, en revenant sur les planches en 2007. Mais s’il pense un temps pouvoir jongler entre emploi salarié, écriture, animation d’ateliers de théâtre amateur et week-ends passés à arpenter les scènes, le saltimbanque n’a pas encore le pouvoir de rajouter des minutes à une journée de 24h. Le temps n’est pas élastique et lui claque entre les doigts. C’est l’heure de se consacrer tout entier aux arts qui depuis l’enfance le font vibrer.

Tout en jouant pour les Sans Lacets ou le Théâtre de la Valise, Stéphane s’attèle à la création d’un seul en scène pour le jeune public. Un choix qui n’allait pas de soi, mais qui l’a rapidement conquis : le cow-boy Mc Cormick voyage avec son chariot aux quatre coins du pays pour conter son Far-West à lui à des spectateurs hauts comme trois pommes tout aussi exigeants et motivants que le monde des grands. Tite Compagnie deviendra grande !

Mais celui qui s’amuse des autres et de lui dans les comédies qu’il écrit, et joue Molière ou Guitry sous les projecteurs, se prend d’amour un beau jour pour un passé trop présent. Le centenaire de la Première Guerre l’amène vers les lettres des Poilus, le destin du violoncelliste Maurice Maréchal, les écrits de l’Allemand Blumensfeld…

Déroulant le fil de l’idée qui en naît, il déploie bientôt son premier drame, l’histoire de ces deux soldats confrontés au seul choix possible : celui de l’âme. Celle qui fait résonner le violoncelle ou le violon avec des notes universelles, faisant fi des uniformes, celui du paysan français fraîchement arrivé dans les tranchées, celui de l’Allemand lassé d’un conflit où l’humain se fait chair à canon. La première guerre moderne, dira-t-on.

Stéphane fait naître deux figures que tout oppose, pour les coincer dans un trou d’obus. Le dramaturge se fait cruel en emprisonnant ses créatures dans cet espace restreint, pour les obliger à s’affronter à coups de mots et d’idéaux. Mais derrière les caractères du texte, se cache l’optimisme atemporel de celui qui tient la plume, qui dans la vie s’enrichit des rencontres, et dans l’écrit se montre soucieux de faire naître du choc de ces êtres venus d’autrefois un message humaniste qui regarde vers l’avenir. Le Choix des âmes.

DSC_0119-2

Derrière le cadre de Détourages : Stéphane Titeca, auteur de la pièce « Le Choix des âmes » dont la première sera donnée au Nouvel Atrium de Saint-Avertin le jeudi 21 mai prochain. Réservations au 06 07 15 29 55 ou par mail reservation@theatre-ephemere.com. A découvrir également à Blois le 29 mai 2015.
Pour toutes les dates de la Tite Compagnie (dont Le Choix des Âmes et le spectacle jeune public Mc Cormick), rendez-vous sur www.titecompagnie.fr
, et pour découvrir les pièces de Stéphane : www.pieces-theatre.com.

Publicités

Julie, ou comment tirer le chapeau vers le haut

15 Déc

DSC_0390-2 (Copier)Julie a sans doute comme nous tous un petit grain de folie et elle fait des merveilles pour couronner des têtes, sans être pour autant une chapelière timbrée à la façon du pays des merveilles. Les ouvrières d’usines, véritables chapelières aujourd’hui disparues, travaillaient en effet à garnir des chapeaux à la chaîne. Uniques et personnalisées, les créations de Julie sont au contraire l’œuvre de la modiste qu’elle est devenue il y a de cela quelques années… Mais il n’était pas dit au départ qu’elle tirerait son épingle du jeu : au gré des hasards et coïncidences, elle a su travailler et forcer sa chance.

Tout d’abord une certitude qui froisserait plus d’un parent adepte du « passe ton bac d’abord » : elle se refuse à préparer l’examen. Hors de question cependant de rester les bras croisés. Se sentant plus créative qu’intellectuelle, elle réussit ainsi l’année de préparation à l’école Brassart… mais peine en première année. Direction l’Angleterre durant six mois pour changer d’air.

Puis, vous le croirez ou pas, mais c’est à Christophe Dechavanne et Sophie Favier que l’on doit aujourd’hui de voir Julie derrière le comptoir d’une chapellerie : au hasard du zapping, Julie voit Josette faire naître un chapeau à même la tête de la blonde au cheveu sur la langue. C’est décidé : créer des chapeaux sera son métier !

Direction Paris pour toquer à la porte de Josette, qui l’oriente vers un CAP haute mode avant de la voir revenir en stage puis en tant qu’employée. Reines, stars et top modèles portent les œuvres de la jeune femme, qui après sept années dans cette maison de luxe et haute couture parisienne propose à la patronne de devenir son associée. Réponse de normande, ni oui ni non, pour une modiste qui sait, elle, ce qu’elle veut : changement de cap et retour au bercail.

Pour voler de ses propres ailes c’est en effet le retour en Touraine et un redémarrage à zéro, ou presque. Sur les conseils paternels, Julie pousse la porte de la chapellerie Brun qui ne propose alors pas de créations originales. M. Brun cherche justement à vendre. Le hasard fait donc bien les choses et Julie récupère une clientèle issue d’une génération qui aime travailler du chapeau : bonnets et bérets ou casquettes à l’ancienne sont monnaie courante, avant que les effets de mode ne rajeunissent la moyenne d’âge en mêlant dans les rayons les panamas de tous les jours et les coiffes et capelines du grand jour. Loin des têtes couronnées et huppées de la capitale, et depuis 1902 derrière les comptoirs en bois d’un autre temps et sous le regard sans doute attentif des esprits d’autrefois, la boutique aujourd’hui chapotée par Julie s’offre encore et toujours le luxe de servir et conseiller un à un ses clients. Pour que chacun puisse porter le chapeau qui lui convient !

DSC_0382-2 (Copier)

Derrière le cadre de Détourages : Julie, modiste et propriétaire de la Chapellerie Brun située place du Grand Marché à Tours. Toutes les informations et horaires sur le site du magasin www.chapellerie-brun.com.

Mathilde, peindre le faux pour avoir le vrai

16 Jan

nain de jardin en fausse rouille-2Non, elle ne transformera pas votre salon en saloon de western. Sauf si vous insistez et que les membres de votre famille ont décidé de céder à vos caprices. Peintre en décor ne veut pas dire qu’elle fera de votre cuisine un studio cinéma. Il s’agirait plutôt de vous aider à faire du beau avec du simple. Du marbre avec du papier kraft, des boiseries avec un pinceau, des briques…

Les briques, on ne sait pas trop comment. On sait juste que ce n’est pas pour de vrai. Elle nous trompe l’œil. Tout en le flattant. Mais du faux, encore du faux et rien que du faux. Avec une vraie passion.

Amoureuse des crayons et autres pinceaux depuis son enfance, alors que papa joue de la mine sur les plans d’architecte et que maman gribouille de temps en temps, Mathilde se laisse porter par la vague de son bac arts plastiques. Le cap n’est pas forcément le bon, et après un passage par le social pour constater que ce n’est pas sa voie, la licence d’histoire de l’art ne la convainc pas.

Pizzaïolo, afficheuse, intérim, tout y passe, elle ne reste pas en place. Bosser pour payer ses factures ? L’idéal pour se miner le moral et mal faire son travail. Pas envie non plus de jouer l’ouvrier pour répéter toute la semaine multipliée par l’infini la même tâche apprise le lundi. Pas persuadée de pouvoir supporter une hiérarchie.

Après ces va-et-vient professionnels, au tournant du quart de siècle, un bilan de compétences la ramène constamment aux pigments. Direction une formation où elle est aussi à l’aise dans le travail manuel que dans l’exercice de son imagination.

Aussitôt dit, aussitôt fait, l’entreprise Mimesis voit le jour au début de l’automne, et pour éviter les tâches monotones Mathilde offre son œil et ses couleurs aux particuliers comme aux créateurs : le théâtre bien sûr, mais aussi le cinéma s’il entrouvre ses bras.

Une conviction : la tête fatigue quand on ne s’en sert pas. L’atelier improvisé est donc souvent occupé, si ce n’est pour le projet rêvé (des décors pour Jean-Pierre Jeunet ?), du moins pour des toiles variées. Peintures de tous formats, avec pour point de départ : trois couleurs, trois artistes et un endroit.

Prochain objectif : s’affranchir de son souci de réflexion pour laisser jaillir spontanément sa création, et pourquoi pas faire voyager son imagination sur les décors d’un spectacle qui prendrait en partie vie grâce à ses doigts avertis?

DSC_0673-2

Derrière le cadre de Détourages: Mathilde Archambault et son entreprise Mimesis, peintre en décor (événementiel, particuliers, collectivités). A retrouver sur www.mimesisdecor.fr pour vous rincer et vous tromper l’œil!

%d blogueurs aiment cette page :