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Amélie, ne jamais dire jamais…

16 Sep

DSC_0174 (Copier)Jamais elle n’aurait pensé devenir infirmière.

Témoin du rythme de travail de sa mère dans cette profession, elle se convainc toute jeune qu’elle ne suivra pas le chemin familial, mais restera tout de même dans l’univers du soin à la personne.

En 2001, elle obtient son diplôme d’infirmière, s’embarquant pour douze ans au service des patients. Limoges pour les études, Bordeaux où elle porte blouse et cornette (cela lui aurait-il donné le goût du costume ?), et enfin Tours où elle pose ses valises dans une ville où elle se sent chez elle et intègre l’hôpital public. Sept années à plein temps, reste à trouver une activité où se sentir à sa place.

Roller, peinture… puis en 2007 le théâtre, histoire de « passer l’hiver ». Un essai vite transformé, une passion vite révélée pour additionner au théâtre chez les Sans Lacets l’improvisation à l’Ante, avec un plaisir toujours renouvelé.

Mais jamais elle n’aurait osé imaginer pouvoir un jour faire ce métier.

Sur scène ou dans les textes des autres elle a trouvé son espace, et accepte sans hésiter de dépanner Bérangère et Céline lorsqu’il leur manque une comédienne… d’un spectacle pour enfants aux réflexions sur un Tartuffe réinventé, elle fait peu à peu son trou dans une équipe dont elle ose enfin dire qu’elle souhaiterait l’intégrer.

Chemin faisant, d’une scène aux tréteaux, derrière et devant les rideaux, en 2014 elle devient comédienne intermittente du spectacle.

Renonçant au confort d’un fonctionnariat que certains jugeront commode, elle se lance dans l’aventure entre les mots de Molière et les confidences berrichonnes d’une lointaine aïeule dont elle met le patois en scène pour ressusciter une tranche de vie.

Fondue derrière un personnage pour le donner à exister, dans un rapport aux autres et à soi réinventé, une chose est sûre : maintenant qu’elle fait partie d’une brigade où l’impro à la carte se distribue Service Compris, qu’elle réinvente des Confidences du Berry et qu’elle transmet son goût du jeu et des mots avec les Sans Lacets et les ateliers d’un Capharnaüm bien ordonné, elle ne dira peut-être plus « jamais » !

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Derrière le cadre de Détourages : Amélie Robinet, comédienne au sein de la compagnie les Sans Lacets, membre de la brigade de serveurs-improvisateurs de Service Compris, et animatrice des ateliers de théâtre pour adultes Capharnaüm (Café-comptoir Colette’s – renseignements 06.76.83.19.82). Sa pièce « Les confidences du Berry » à découvrir le 7 novembre à Villeloin-Coulangé pour les Comédies d’Automne.

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Mireille, le monde d’à côté

6 Nov

DSC_0248Mireille a le sourire aux yeux et parle avec les mains. Elle n’a pourtant pas l’accent du sud, mais la prononciation neutre du tourangeau de tous les jours. Notre quotidien est toutefois très différent du sien.

Sans aucun signe extérieur de handicap, elle vit dans un monde à part imbriqué dans le nôtre. Pas de science-fiction : juste un sens en moins.

Sourde depuis sa préadolescence, Mireille apprend à lire sur les lèvres et continue de parler, faisant presque oublier à ses interlocuteurs qu’elle n’entend pas forcément leurs simagrées. Dans un entre-deux apparent, entre les entendants qui oublient sa différence, et les sourds profonds qui la voient autrement, elle est certaine de son identité affirmée : elle appartient au monde du silence.

A ceux qui perçoivent le handicap comme l’univers des impossibles, elle demande de ne pas s’apitoyer. D’autant que l’infirmité la plus répandue est pour elle bien plus grave et sournoise : cela s’appelle la connerie. Et personne n’est malheureusement à l’abri.

Ne voulant pas écouter ce qu’on lui prédit, elle fait mentir la COTOREP qui lui promettait un avenir tout juste bachelier, en décrochant un D.E.A. Car Mireille va toujours plus loin, intimement convaincue qu’on choisit sa vie, qu’on la rêve et qu’on la construit. Passionnée de théâtre, elle suit les conseils de son orthophoniste qui la motive à rester sur les planches pour conserver la tonalité de sa voix. Et dépasse ses attentes en allant au Cours Florent. Elle réalise ses rêves d’enfant. Se crée son propre métier et enseigne la peinture, le dessin, l’infographie, et le théâtre avec sa Compagnie du Bonheur. Avec des entendants, avec des sourds, en français, en LSF-Langue des Signes Française. En silence, en mouvement, en paroles, en émotions.

Heureuse, les impossibilités ne la font pas fantasmer : travailler en entreprise avec des entendants ? Le fossé culturel est trop grand. On ne trinque pas pareil, on applaudit différemment, le réveil ne sonne pas mais s’allume, le téléphone vibre, la série télé est sous-titrée… La LSF, comme toute autre langue, traduit une manière spécifique de concevoir le monde, de le vivre et de l’exprimer. Toute langue est culture.

Mireille nous rappelle que, interdit et oublié, le langage signé, trop vite assimilé à une langue singée, a été si souvent négligé que la population sourde compte aujourd’hui 85% d’illettrés, faute d’une éducation adaptée.

Même s’il aura fallu attendre 2005 pour que la Langue des Signes Française soit officiellement reconnue comme « langue à part entière », la culture sourde n’a pas attendu si longtemps pour se développer contre vents et marées. Ses grands hommes comme l’abbé de l’Épée, Ferdinand Berthier ou Laurent Clerc et Thomas Hopkins Gallaudet… Ses spécialistes comme William Stockoe ou les linguistes de Paris VIII… Ses acteurs comme Emmanuelle Laborit ou Laurent Valo… 

Tout un monde, où l’on voit pour entendre, se déploie à nos côtés, sans qu’on y prête attention. Un univers dont Mireille, avec la Compagnie du Bonheur, son conjoint et sa fille, nous ouvrent les portes sur la scène et dans la salle d’un théâtre où l’on apprend et on rit de la vie.

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Derrière le cadre de Détourages: Mireille et la Compagnie du Bonheur qui propose des cours de théâtre pour entendants et malentendants, ainsi que des cours de Langue des Signes Française: http://www.compagniedubonheur.fr

Les samedi 16 et dimanche 17 novembre 2013, Mireille avec la Compagnie du Bonheur propose un week-end SIGNES EN FÊTE avec des contes pour enfants et pour les grands, du théâtre en français et en LSF, et toute sorte d’animations et d’ateliers autour de la LSF. Rendez-vous à Saint-Cyr (salle l’Escale) – programme en ligne.

Floriane et François, mille grues

25 Juil

DSC_0896 (Copier)En entrant, on aperçoit un chat. Un vrai. Même si on passe tout de même à côté de celui qui baisse sa petite patte éternellement au même tempo.

Le premier s’étale de tout son long pour chercher la fraîcheur. Il s’appelle Hinomaru. Traduisez : le nom du drapeau japonais. Le deuxième est un maneki-neko, qu’on trouve souvent dans les boutiques japonaises, pour apporter à leurs gérants argent et clients.

L’endroit s’appelle Nyanko Café, autrement dit « le café du matou »: mais lequel?

Au sol, des tatamis et tables basses, au sous-sol 2.700 mangas, des origamis proches du bar, un bonsaï et un jardin japonais avec son petit râteau et ses galets, un karaoké dans l’arrière-salle.

Une vague idée traverse alors l’esprit du visiteur, venue d’on ne sait où : ce lieu n’aurait-il pas un lointain rapport avec le Japon ?

Toute perspicacité dudit visiteur mise à part, Floriane et François nous confirment que le Nyanko Café est avant tout, pour eux, un lieu dédié à la culture japonaise dont ils sont tombés amoureux avant de s’enamourer l’un l’autre.

François nourrissait ainsi une passion qui s’ignore pour le pays du soleil levant : l’origami, les jeux vidéos, et cet étrange mélange entre tradition et modernité qui l’a toujours fasciné. Découvrant et explorant le point commun à ses goûts divers, il délaisse au bout de quelques temps l’aménagement paysager pour partir explorer le Japon durant trois mois.

Enfant, Floriane lisait La petite fille au kimono rouge. Adulte, elle part travailler et voyager pour un an dans cet Extrême-Orient qui l’attirait tant.

Une rencontre tourangelle, un banquier amateur de manga, du bricolage, de l’imagination, un stock personnel de livres, puis 1.000 grues d’origami réalisées avec les premiers clients pour pouvoir formuler un vœu.

Peut-être a-t-il fonctionné puisque le Nyanko Café ouvre ses portes régulièrement depuis maintenant presque un an, sans salaires mais sans découverts. Cours de japonais, salle de lecture, musique japonaise, karaoké et bientôt ateliers de calligraphie et d’origami et d’autres projets glissés dans la boîte à idées : au-delà des sirops par dizaines et du plat traditionnel proposé le samedi, nous sommes là avant tout dans un antre nippophile logé en plein cœur de la ville. Mais l’amour n’est pas aveugle, et pour Floriane et François, celui qui dit vouloir vivre là-bas ne sait sans doute pas. Les journées de treize heures, le rythme effréné,…

En attendant de repartir peut-être vers le Soleil Levant pour voyager, François et Floriane espèrent accueillir entre leurs murs de papier les échanges tourangeaux franco-japonais. Encore 1.000 grues pour un vœu à exaucer ?

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Derrière le cadre de Détourages: Floriane et François, au Nyanko Café situé 15 rue de Jérusalem à Tours. Horaires, prestations et renseignements sur leur site internet et via Facebook.

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