Aurélie, couleurs locales

12 Juil

Aurélie-1-2Pim ! Pouf ! Vlan ! Et hop ! Une petite barrière qui tombe pour nous donner accès à l’arrière-boutique de la BD, guidé par Aurélie, coloriste de son état.

Halte-là lecteur ! Lorsqu’on écrit « coloriste », ne pense pas « coloriage » : il ne s’agit pas de colorier en bleu les cases marquées d’un 1, en rouge celles où figure un 2, en jaune les numéros 3, en violet……. Ton enfance artistique est bien éloignée du métier dont il est question.

Moment pédagogique : le coloriste est, comme nous l’explique Aurélie, l’une des petites mains intervenant dans la création d’une BD. Eh oui, il n’y a pas que le scénariste et le dessinateur : entre les deux s’insère parfois (en tout bien tout honneur) un storyboardeur chargé de découper dans l’histoire les cases, d’y prévoir les plans (gros plan sur la face du méchant, grande case pour le paysage de far-west, etc.). Il est parfois rejoint par son comparse le lettreur, qui se charge de mettre en place le texte des bulles.

Bah ouais, une BD sans bulles, c’est tout de même rare, et t’apercevoir au dernier moment que, ah ben non, la réplique qui tue du héros ne rentre pas dans la case, ça la fout mal. C’est ensuite qu’intervient le dessinateur, et une fois qu’il a accompli sa mission, c’est souvent au tour du coloriste de remplir le noir&blanc de couleurs. Attention : le dessinateur et le scénariste s’occupent parfois de toutes ces taches, mais ce n’est donc pas une obligation. [fin du moment pédagogique]

Aurélie est donc coloriste. Ami lecteur, si tu cherches le bac mention « coloriste » dans la dernière réforme de l’Education Nationale, tu ne trouveras pas. Et il faut avouer qu’il s’en est fallu de peu pour que notre interviewée elle-même passe à côté de cette voie. Après un BEP industries graphiques, qui ne laisse pas assez de place à son goût au travail créatif, Aurélie est en effet repartie vers des chemins plus conventionnels : un bac, puis une maîtrise AES,  qui l’emmènent vers le travail en bibliothèque et une licence pro en management de l’information pour être documentaliste.

Tout ceci sent le livre à plein nez. Mais Aurélie glisse progressivement de l’autre côté du papier, au hasard des opportunités. Après une première mise en couleurs réalisée grâce à un ami libraire qui la met sur la voie, elle est conseillée par Eric Dérian (Turalo pour les intimes), pour qui elle réalise les aplats de l’album Le gardien du zoo. Une première expérience en coulisses qui en amène d’autres l’année suivante. C’est alors décidé : Aurélie va persévérer et devenir coloriste de métier. Celle qui injecte de l’arc-en-ciel dans les planches qui lui arrivent grises, pour leur donner vie et corps.

On pourrait craindre une profession frustrante, pour quelqu’un qui a toujours dessiné. Point du tout cher lecteur : si les traits sont déjà fixés, le coloriste peut bénéficier d’une certaine marge de liberté dans le choix des couleurs ou la création des ambiances. Mais il doit aussi respecter les contraintes imposées par l’éditeur, le scénariste et le dessinateur. Pas fastoche : jongler entre les exigences des uns et des autres, respecter les délais, et s’exprimer un chouïa quand même. De l’équilibrisme en quelque sorte, et surtout une relation de confiance entre les différents intervenants.

A coups de pinceau, de pot de peinture et de pipette virtuels, celle qui faillit devenir bibliothécaire derrière des lunettes discrètes siège donc derrière un écran aux multiples palettes, au milieu des autres occupants hauts en couleurs de l’Atelier POP. Sept ans déjà qu’elle y traîne sa souris et partage ses crayons et des collaborations : l’âge de raison. Et le moment de se lancer de nouveaux défis : après avoir mûri son trait, entre cours de croquis et pratique régulière du portrait et autres dessins, Aurélie est maintenant aussi illustratrice. Avant peut-être de créer sa propre BD, ou de partir pour le Japon, son pays rêvé ? Qui sait…

 Aurélie-1 (Copier)

Derrière le cadre de Détourages : Aurélie Lecloux, dont vous pouvez retrouver quelques réalisations sur son blog http://aurelielecloux.over-blog.com/ et sur celui-ci pour le travail d’illustratrice: http://lilifriandises.blogspot.com/. Sur twitter aussi, c’est aureliecolorbd
Quant à l’atelier POP et à ses occupants, ils sont là : http://atelierpop.blogspot.fr/ (et aussi sur les réseaux sociaux comme on dit)

Image d’illustration: extrait d’une planche en cours de travail, Le long hiver de Patrick Mallet (éd. Castermann).

Publicités

Une Réponse to “Aurélie, couleurs locales”

  1. Nepsie (@_Nepsie_) juillet 16, 2013 à 8:17 #

    Oh, chouette article ! Je me demandais justement comment tu étais devenue coloriste 🙂

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :